HOC

Nous sommes une femme blanche queer* et un homme noir hétérosexuelNous nous sommes toujours positionnés au plus près de nos valeurs même si cela devait nous mettre en difficulté au sein de nos « groupes » respectifs. Chacun de nous est discriminé à un endroit, dans son quotidien. Et c’est de cette place là que nous nous adresserons à vous. Pour devenir, il faut d’abord être, nous sommes House of Consent.

House of Consent (HOC) est un espace qui vise à informer sur la sexualité, le consentement, les violences et les liens qui peuvent exister entre ces trois formes d’interactions. HOC propose de vous accompagner à travers différentes étapes afin de vous permettre de vivre pleinement votre sexualité.

Après avoir travaillé pendant des années sur les questions du consentement, des violences et de la sexualité dans le cadre d’ateliers, de groupes de paroles, de laboratoires, d’associations, d’actions militantes ou d’entretiens auprès de tous types de publics (adultes, collégien.n.e.s, lycéen.n.es, étudiant.e.s, détenu.e.s, victimes de viol …), nous sommes arrivés au constat que la violence était présente dans tous les aspects de la vie, tout le temps, même là où on ne la voyait pas et qu’elle était souvent responsable de nombreux dysfonctionnements et souffrances dans notre intimité et nos relations aux autres. Nous avons alors émis le projet fou d’essayer de vivre une vie sans violence, en commençant par apprendre à l’identifier et à la traiter en temps réel. 

Nous vivons une époque paradoxale, où les médias et la culture dominante nous abreuvent de consignes et conseils en tous genres pour vivre une sexualité épanouie. Sous couvert de libération sexuelle, d’empowerment ou de quête obstinée de plaisir, le sexe est devenu un produit de consommation comme un autre. Il nous apparaît, au contraire, que l’espace intime et la sexualité devraient être considérés comme des éléments essentiels – donc précieux – de notre construction. 

D’autre part, la société dans son ensemble continue de produire des discours caricaturaux, discriminants, sexistes, racistes, classistes et LGBTphobes, qui excluent tout individu « hors normes » et n’a pour effet que de renforcer les dominants dans leur position de pouvoir. Face à ces injonctions contradictoires, on se débrouille comme on peut, avec ce qu’on a. Seulement, dans un pays où l’éducation sexuelle est proche du néant, et où les seuls espaces permettant d’aborder ces questions sont pétris de discours stéréotypés, on réalise qu’on dispose de très peu d’outils pour construire ou reconstruire un intime qui nous est propre. 

Si l’éducation nous apparaît être l’une des clés, il s’agit aussi de nous éduquer nous, adultes, et de déconstruire des schémas intégrés depuis le plus jeune âge, parfois de manière totalement inconsciente. Nous sommes convaincus que sans ce travail, les rapports humains continueront de reposer sur des schémas de domination et feront de la violence l’un des ingrédients centraux de la vie, de la sexualité et de toute forme d’interaction.

Deux récents articles du New York Times ont particulièrement attiré notre attention : Avital Ronell, professeure queer* et féministe à la New York University, accusée de harcèlement sexuel par un ancien étudiant gay, Nimrod Reitman, et l’actrice Asia Argento qui aurait versé 380 000 dollars à un acteur qui l’accusait d’agression sexuelle lorsqu’il était encore mineur.  La réception de ces deux articles traduit la manière dont la société se montre difficilement capable d’accepter que les femmes peuvent, elles aussi, produire de la violence, quelle que soit sa forme. Les hommes en seraient donc capables mais pas les femmes ? Pouvons-nous construire un monde égalitaire en étant persuadé que la violence appartient à un genre ?

Nous pensons que tout système qui protège un groupe d’individus aux dépens d’un autre est un système inégalitaire qu’il faut combattre : le système qui protège les hommes auteurs de violences sexuelles, tout comme le système qui protège les femmes auteures de violences sexuelles. Dans la volonté faussement bienveillante de nier la violence produite par les femmes, ces dernières se retrouvent une nouvelle fois réduite à une image stéréotypée de douceur et de soumission. Les raisons sociologiques qui conduisent les femmes à devenir des agresseuses ne sont assurément pas les mêmes que les hommes, mais il n’en demeure pas moins qu’il existe des femmes qui agressent. Reconnaître cette violence est aussi reconnaître aux femmes cette capacité de transgression. Tout système qui favorise la violence doit être combattu. HOC estime que le bon côté de la barricade est du côté des victimes, quelles qu’elles soient. Avoir été ou être victime ne légitime en rien le fait de devenir agresseuse/agresseur et être agressesuse/agresseur ne signifie pas que l’on n’a jamais été victime. 

Ces derniers temps, nous avons vu fleurir plusieurs plateformes ou programmes qui nous promettent une sexualité épanouie, initiés par des pseudos coaches de vie et des experts en séduction auto-proclamés, qui prônent un retour à des valeurs binaires, conservatrices et essentialistes, défendant l’idée que les femmes et les hommes seraient assignés à des fonctions et des rôles bien précis qu’il faudrait absolument conserver pour empêcher l’extinction de notre civilisation. Nous pensons que ce projet est un leurre, que cette société normée encourage les inégalités et le mal-être en enfermant les êtres humains dans des cases bien rigides et qu’il existe trop peu d’espaces pour remettre ces cases en question. 

Nous ne sommes ni thérapeutes, ni médecins, ni philosophes, ni politiciens, ni gourous. Nous sommes journaliste précaire et artisteNous avons été victimes et avons pris la mesure de l’impact des violences que nous avons subies sur la construction de notre intimité. Nous avons travaillé à tenter d’identifier ces violences afin de parvenir à les éliminer. Aujourd’hui, nous avons décidé de créer un espace de travail où nous pouvons nous adresser à vous sans enjeu de posture, sans tricheries et sans promettre un monde où ami.e.s et collègues seraient ébahi.e.s par votre assurance et à vos pieds.

À quoi bon œuvrer à la restauration d’une sexualité plus à l’écoute de nous-mêmes si le but est de perpétuer des rapports de domination ? Ce que nous proposons, c’est un accompagnement qui, nous le pensons, vous touchera dans votre intimité et vous permettra d’être plus à l’aise dans votre rapport à vous-même et donc dans vos rapports aux autres.  

Ce travail que nous vous proposons d’entreprendre, nous le faisons avec vous, et bien que nous l’ayons amorcé de longue date, il se poursuit toujours aujourd’hui. C’est une quête perpétuelle, parfois difficile et déroutante, mais nous sommes là pour témoigner que, malgré les difficultés, elle est possible et surtout que le chemin en vaut la peine.

À suivre … 

Éloïse Bouton et D’ de Kabal

* Individus qui rejettent la vision binaire du genre, s’identifient à une orientation sexuelle ou une identité de genre non conformes aux normes sociales, ou refusent d’être étiquetés selon ces critères.