Héros masculins, modèles toxiques

Héros masculins, modèles toxiques

John Lennon, Mel Gibson, Mike Tyson, Bertand Cantat, Chris Brown… Depuis toujours, les hommes se construisent avec des références masculines qui s'avèrent agressives dans leur intimité, banalisant ainsi les violences faites aux femmes. Comment déconstruire ces figures de héros quand aucun autre modèle n’est proposé ?

heros masculins

 

Les hommes parlent peu des sujets qui piquent. On sait qu’ils se construisent derrière un mur silencieux, qui cache les réponses à des questions qu’ils n’osent que trop rarement formuler. Leur intimité, la façon dont ils se sont construits, la solitude coupable de la masturbation, la peur de ne pas embrasser la figure du « vrai homme », partition essentielle pour être en phase avec les privilèges de leur genre…

Ils sont rares, très rares, nos camarades masculins qui nous racontent combien ils ont pu échanger avec leur père ou leur(s) ami(s) sur la découverte, la peur et le vertige que cause leur intimité. Et donc, pas de questions posées, pas de réponses. Jusque-là tout est logique.

Alors, comment font-ils ? Comment s’y prennent-ils pour se passer le mot, pour être autant en phase les uns avec les autres et avoir l’air de s’être tous accordés pour déterminer que les femmes dans l’espace public feraient mieux d’accepter les compliments qu’on leur fait, qu’elles devraient porter des fringues pour avoir l’air « bonnes » et qu’en étant moins hystériques, elles seraient plus efficaces dans leurs combats ? Qui leur montre la voie, leur donne ces attitudes pleine de condescendance et d’arrogance qu’on attribut généralement à leur genre, alors qu’ils sont les premiers à dire qu’ils ont dû se fabriquer tous seuls ?

Des modèles d’identification …

Pour que les membres d’une communauté fassent corps, il faut des références communes, des mythes à partager, des héros.

Le héros est une figure qui incarne soit la réussite et/ou le succès, soit le pouvoir, soit un peu tout cela à la fois. Il répond aussi à un manque et peut représenter le père/la mère/le grand frère manquant(s), ou un moyen de pallier à un modèle défaillant.

Dans une société qui repose sur la fabrique à la chaîne de modèles masculins dominants, la figure du héros auquel on peut s’identifier est primordiale.

Elle peut être endossée par une célébrité ou quelqu’un qui a une visibilité médiatique, mais aussi par un membre de la famille, c’est de toute façon quelqu’un que le « vrai homme » a besoin d’admirer. Un mortel ne peut pas juger un héros car le héros, par définition, est bien mieux que chacun d’entre nous sur une échelle de valeurs dont les critères sont finalement inconnus de tous. Et même si ces « héros » sont, à la base, des hommes ni meilleurs ni pires que d’autres, le statut que leur confèrent la réussite et le succès font d’eux des intouchables. 

Pour les hommes afro-descendants et/ou d’origines antillaises qui ont grandi dans les années 1990, le processus d’identification à certaines figures a été très fort. Les seul.e.s Noir.e.s que l’on voyait à la télé devenaient automatiquement des références. Même si la République Française se voyait comme « une et indivisible », de notre place, Michel Drucker ne suscitait pas le même intérêt que Wesley Snipes.

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