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La rubrique Info propose des articles de fond avec des angles originaux sur des sujets en lien avec les violences, la sexualité et le consentement.

Ces articles offrent une base de réflexion sur ces thématiques.

"Je ne suis pas raciste…, mais j’ai des préférences" Payant

Tout le monde – ou presque – a un.e ami.e qui n’est pas raciste. Un.e ami.e très sympa et bienveillant.e. Adepte de voyages exotiques et toujours prompt.e à se "frotter à l’autochtone". Mais combien de fois nous retrouvons-nous habité.e.s par la gêne et la honte à l’écoute de ses récits de voyages et de ses "conquêtes amoureuses" ?

violences sexuelles colonialistes

 

Et toutes ces fois où nous sommes embarassé.es et un peu coi.te, quand iel nous explique les caractéristiques sexuelles de telle ou telle "peuplade" et comment cela a changé sa sexualité "à tout jamais". De retour dans son pays natal, cet.te ami.e-là multiplie les allusions à ces "conquêtes" et confie ne plus pouvoir faire autrement : désormais, iel affectionne particulièrement une couleur de peau, un continent, une autre culture. Pas de doute, iel a muté en une espèce déviante mais proche du colon classique : le colon sexuel.

Les "goûts" et les "couleurs"

"Je n’ai des rapports sexuels qu’avec des xxxx". Remplacez ici "xxxx" par n’importe quel mot désignant un groupe humain d’une culture différente de la vôtre : Asiatiques, Maghrébin.e.s, Africain.e.s, Noir.e.s, Indien.ne.s… Cet énoncé pose problème.

Par exemple, comment qualifier les comportements d’une personne qui n’a de rapports sexuels qu’avec des Asiatiques ? On peut être certain que si on l’interroge, elle nous parlera de finesse d’esprit, de tempérament discret, d’altruisme, et tout autre cliché, attendu et grossier. 

Il en ira de même pour les Noir.e.s et toute personne racisée : chaque peuple est enchaîné à un certain nombre de représentations et de fantasmes, vestiges d’une époque où les puissances coloniales posaient le pied sur des terres sauvages et hostiles pour y apporter routes, eau potable, éducation, valeurs de travail et civilisation (sic !). Alors, quelles différences y a-t-il entre ces aventuriers débordant de cette fougue civilisatrice, assoiffés de découvertes et de grands espaces et ces proches qui se sont spécialisé.e.s dans la conquête sexuelle coloniale ?

Ces mêmes ami.e.s racontent que dans certains pays, où leur présence est remarquée parce que minoritaire, iels constatent que leur singularité attire l’attention de partenaires sexuel.le.s potentiel.le.s et facilite la séduction.

Iels sont convaincu.e.s d’incarner une puissance séductrice qui n’a rien à voir avec les mécanismes de domination ambiants et ce, même si iels ont la couleur de celleux qui détiennent les terres, les matières premières ou le pouvoir dans ce pays-là. À quoi est donc dû ce potentiel de séduction soudain et accru ? Leur couleur de peau est-elle anecdotique ? 

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Médias et violences sexuelles, un problème de mots ? Payant

Par pudeur, gêne, indélicatesse, sexisme ou manque de formation sur ces questions, les médias grand public adoptent souvent un traitement et un vocabulaire problématiques pour parler des violences sexuelles. A leur insu, ils contribuent alors à relayer et perpétuer la violence subie par les victimes.

Un traitement différent pour les agresseurs et les victimes

Le fait de donner la parole à un agresseur (présumé) ou de confronter une victime (présumée) à son agresseur (présumé) contribue à infirmer la parole de la victime ou à accorder davantage de crédit à celle de l’agresseur. Donner la parole à l’agresseur présumé, c’est lui offrir un espace pour se dédouaner et donc, charger la victime présumée.

besson

Luc Besson, l’agresseur présumé de Sand Van Roy, est nommé dans le titre de l’article alors que Sand Van Roy est désignée par « l’actrice » et n’est nommée que dans le chapeau.

brion muller

Invitée dans Quotidien sur TF1 le 1er novembre 2018 pour la sortie de son livre #BalanceTonPorc, la journaliste Sandra Muller s’est vu demander si elle « regrettait d’avoir dénoncé Eric Brion », son agresseur présumé. Les équipes de l’émission sont allées rencontrer le concerné et ont diffusé son interview pour faire réagir Sandra Muller à ses propos en direct. En les faisant se confronter, on les met sur un pied d’égalité alors que le lien agresseur/victime est nourri par l’exercice de la domination. Créer une situation qui réactive ce lien est à l’avantage de l’agresseur présumé.

maalouf

Alors que le trompettiste Ibrahim Maalouf vient d’être condamné à 4 mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende pour agression sexuelle sur une collégienne de 14 ans en 2013, Europe 1 lui offre une tribune pour qu’il y explique combien il est scandalisé par sa condamnation. La victime, qui choisit, elle, de ne pas s’exposer dans les médias, est invisibilisée. L’agresseur, bien que condamné en première instance, peut profiter d’une audience large.

La culpabilisation des victimes

En employant des expressions ambiguës, sexistes ou en adoptant le point de vue de l’agresseur (présumé), les médias donnent parfois l’impression que la victime (présumée) est responsable de l’agression qu’elle a subie. Cela alimente la culture du viol et entretient la croyance selon laquelle certains comportements justifient les agressions sexuelles.  

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Masturbation, outil d’émancipation sexuelle ou de domination ? Payant

Anormale, honteuse, amorale… Honnie depuis la nuit des temps, la masturbation est aujourd’hui devenue un outil d’émancipation sexuelle et une revendication féministe. Mais l’est-elle véritablement ?

masturbation

 

Un tabou historique

Dès l’Antiquité, la masturbation, « réservée aux esclaves », est perçue comme indigne de citoyens affranchis. Certains médecins la préconisent néanmoins car ils jugent nocif pour les hommes de faire de la « rétention de sperme ».

Avec l’arrivée du christianisme, elle devient un péché, un acte contre nature, car hors d’un processus de reproduction. On apprend alors aux femmes que toute activité auto-érotique les rendra « hystériques ». (Hippocrate considérait l’hystérie, du grec hystera qui signifie utérus, comme une pathologie exclusivement féminine). 

Au 18e siècle, ce n’est pas mieux. Selon Voltaire, Rousseau et Kant, cette pratique sexuelle « féminise » les hommes en les rendant introspectifs et passifs (donc féminins). C’est l’époque des ceintures de chasteté, pour les femmes comme pour les hommes (oui, vous avez bien lu), du rituel de l’enfilage de camisole et de l’emmitouflage des mains au coucher.

Freud en remet une couche au 19e siècle et désigne la masturbation comme le symptôme d’une sexualité immature et la cause de névroses. Ce n’est qu’au milieu du 20ème siècle que les discours sur le sujet commencent à s’assouplir.

En 1948, le rapport Sexual Behavior in the Human Male du docteur américain Alfred Kinsey propose une tout autre approche en s’intéressant à notre prisme hétérocentré de la sexualité. On y apprend ainsi que presque tout le monde se masturbe, 62% des femmes et 92% des hommes.

Un outil de libération féministe

A partir des années 1980, le tabou tombe progressivement. Alors qu’en 1970, seules 19% des femmes avouaient se masturber (contre 73% d’hommes), elles sont 42% dans les années 1990 et 74% aujourd’hui (contre 95% d’hommes). Si 25% des femmes (contre 5% d’hommes) déclarent ne s’y être jamais aventurées, une majorité semble toutefois prendre son plaisir solitaire en mains...

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Quand "non" voudrait dire "oui" Payant

« No means no ». C’est ce que nous ont appris les nombreuses campagnes contre le viol depuis les années 1990. Pourtant, dans l’intimité, certaines femmes verbalisent parfois un « non » de principe, qui serait censé signifier « oui ». Pour quelles raisons ? Et quelles sont les conséquences de ce faux « non » ?

quand non voudrait dire oui

 

Les femmes, spécialistes du « non » de principe

En discutant avec des ami.e.s ou dans des espaces de travail dédiés, on se rend compte que le fait de dire « non » alors qu’on veut dire « oui » est un comportement courant chez les femmes (hétérosexuelles) et tout à fait intégré chez les hommes (hétérosexuels). Pourtant, pas facile de trouver des informations sur le sujet. Une étude américaine réalisée en 1988[1], – impossible de trouver des chiffres plus récents – indique que 39,6% des femmes ont déjà dit « non » à leur partenaire en voulant dire « oui ». C’est ce qu’on appelle « token resistance », c’est-à-dire le fait de résister pour la forme et de dire « non » par principe. Qu’est-ce qui pousse donc les femmes à banaliser cette pratique et qu’est-ce que cela peut-il bien leur apporter ?

Ne pas passer pour une fille facile

« Surtout ne jamais coucher le premier soir ! » Nous a-t-on appris, à nous, femmes. Dire « non » permettrait alors de retarder l’échéance sexuelle et de ne pas coucher « trop vite », pour ne pas être considérée comme une fille facile, une instable ou une traînée.  Ce serait alors une sorte de convention sociale que toute femme « qui se respecte » suit à la lettre.

Car derrière cette injonction, transparaît l’idée qu’il est avilissant et dégradant pour une femme d’exprimer son désir et de choisir de vivre sa sexualité comme et quand elle l’entend. Ce cliché est autant intégré par les hommes que par les femmes.

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Le mythe de l'érection Payant

Dans notre société, l’érection est présentée comme la condition sine qua non du rapport sexuel. Cependant, on peut – par excès de prudence – s’interroger sur le bien-fondé d’une idée hétérocentrée et phallocentrée de la sexualité qui se focalise sur la tension du nerf érectile de monsieur. Quels sont les réels enjeux de l’érection ? Qu’en pensent les hommes ? Et les femmes ?

erection

 

Une mécanique mal connue

Les hommes bandent. C’est même ce qui fait d’eux des hommes. Quelle différence y a-t-il entre une érection motivée par le désir et une érection motivée par l’excitation ? Quelle différence y a-t-il entre une érection juste « mécanique » – comme celle du réveil – et une érection causée par de l’excitation ou du désir ? Comment faire la différence entre bander quand je suis excité, bander quand j’ai du désir et bander quand je me réveille ?

Dans un contexte où la pénétration est promue comme l’acte sexuel de la norme auquel il est difficile d’échapper (voir l'article Ce que cachent les préliminaires), comment s’aventurer dans sa sexualité quand on n’a pas de moyens sûrs de savoir ce qui motive telle ou telle érection ?

Pour qu’il y ait pénétration, il faut qu’il y ait érection. Dans ce cadre-là aussi, on observe un certain nombre d’injonctions qui ont la dent dure.

Il n’est pas nécessaire de bander à son maximum pour pouvoir pénétrer. Ce qu’on appelle communément « la demie-molle » peut convenir et donner lieu à un rapport tout à fait satisfaisant pour l’homme comme pour la femme. Seulement voilà, quelques notions insidieuses venues s’immiscer dans l’imaginaire collectif nous poussent à croire qu’un sexe qui n’est pas dur comme l’acier ne procure pas de plaisir.

Quelques hommes reconnaissent qu’ils peuvent éprouver énormément de plaisir avec une érection partielle, mais se sentent gênés vis-à-vis de leur partenaire. Ils sont persuadés que les sensations sont moins agréables et avoueront ne jamais oser en parler ensuite, par peur d’être dévalorisés dans leur potentiel sexuel.

Ces hommes là sont minoritaires et ils appartiennent à la catégorie de ceux qui questionnent ces schémas assignés. Pour la grande majorité des hommes, l’acte de bander constitue le socle de leur masculinité. Ils vont construire leur sexualité autour de leur propre satisfaction concernant leurs érections, comme une auto-sexualité dans laquelle les partenaires ne seront que des faire-valoir. Des marqueurs de l’expression triomphante de leur masculinité caricaturée.   

Du côté des hommes : le saint Graal  

L'érection, étant censée ouvrir la seule porte qui permet d’avoir des rapports sexuels dignes de ce nom, va devenir une quête absolue, pour tout homme qui se respecte. Pas le choix, il n’y a aucun autre modèle proposé. Cependant, il y a un tabou qui peine à éclore : les hommes aussi ont recours à la simulation (voir l'article Simuler pour ne pas dire non ?)

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