Et si on prenait notre sexualité au sérieux ?

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Et si on prenait notre sexualité au sérieux ?

Le sexe serait un divertissement et un espace fait de jeux en tous genres. Alors qu’une partie de la société et certains médias nous recommandent d’envisager notre sexualité avec légèreté et détachement, comment résister à ces diktats sans s’oublier ?

sexe sérieux

 

A notre époque, tout est sexuel. Dans nos discussions, dans l’espace public et les médias, qui proposent tous leur rubrique sexo, la sexualité est omniprésente.

Dans la presse, on nous explique entre autres que se masturber est devenu hyper cool pour les femmes (voir l’article Masturbation, outil d’émancipation sexuelle ou de domination ?). À longueur d’articles, on est invité à "pimenter" notre sexualité avec des objets dédiés aux plaisirs, des partenaires changeants au gré de nos humeurs, en s’adonnant à la sexualité à plusieurs durant nos week-ends, ou en s’inspirant de nouveaux "héros" aussi douteux que problématiques, tel que Christian Grey (50 shades du même nom).

Le sexe, un jeu comme un autre

Dans les discours ambiants, le champ lexical employé pour qualifier une sexualité "réussie" est celui du divertissement – on parle de jeux sexuels et de scénarios – et de la performance : on présente le corps comme une machine qui a besoin d’être stimulée, "relancée", et "boostée" pour fonctionner correctement.

On nous prescrit de jouer avec les mots via des sextos ou du dirty talk, faire l’amour dans des lieux insolites, endosser des rôles (jouer au flic et au voyou, à l’auto-stoppeuse effarouchée, à l’infirmière, au plombier, au pompier, à l’hôtesse de l’air, au prof et son élève ou au patron et sa secrétaire…), tant de situations d’apparence anodines et inoffensives qui entretiennent des schémas asymétriques, des clichés sexistes et hétéronormés, érotisent le pouvoir, banalisent les fantasmes de domination (qui n’ont rien à voir avec des pratiques BDSM), et forgent une pensée unique : c’est comme ça que la sexualité est réussie et si ces scénarios ne nous excitent pas, c’est que l’on a un problème.

Derrière ces diktats, on nous enjoint à lâcher prise et dédramatiser des comportements sexuels qui ne sous satisfont pas entièrement. Il faudrait que chacun.e d’entre nous cesse de s’encombrer de réflexions et/ou représentations qui sont finalement inopérantes dans son intimité. "On peut se forcer un peu quand on aime, ce n’est pas bien grave", ou "tout le monde peut faire des efforts pour qu’un rapport sexuel se passe bien, ça ne mange pas de pain" ou encore, "comment savoir ce qu’on aime si on n’essaye pas tout ?".

De plus, les conseils prodigués nous promettent des résultats si époustouflants qu’on peut avoir l’impression d’être coincé.e. ou perdu.e si on se rend compte que cette partouze chez un couple rencontré sur internet avec tout un tas de gens qu’on n’avait jamais vus nous a laissé un arrière-goût de "viol consenti".

Face à ce point de vue, les propos conservateurs, familialistes, misogynes ou LGBT+phobes se multiplient, jugeant la sexualité inconvenante sauf quand elle est exempte de plaisir et vise à procréer. En dehors de ces deux propositions, "sexe fun" et "sexe sale", il s’avère difficile d’accéder à des discours alternatifs et mesurés.

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