"Je ne suis pas raciste…, mais j’ai des préférences"

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"Je ne suis pas raciste…, mais j’ai des préférences"

"Des goûts et des couleurs, on ne discute pas", dit le proverbe. En effet, nous avons toustes des préférences qui nous sont propres. Mais quand il s’agit d’individus et de relations intimes, comment exprimer ces inclinations sans reproduire des mécanismes de domination ?

raciste
© Camille Ulrich

Tout le monde – ou presque – a un.e ami.e qui n’est pas raciste. Un.e ami.e très sympa et bienveillant.e. Adepte de voyages exotiques et toujours prompt.e à se "frotter à l’autochtone". Mais combien de fois nous retrouvons-nous habité.e.s par la gêne et la honte à l’écoute de ses récits de voyages et de ses "conquêtes amoureuses" ?

Et toutes ces fois où nous sommes embarassé.es et un peu coi.te, quand iel nous explique les caractéristiques sexuelles de telle ou telle "peuplade" et comment cela a changé sa sexualité "à tout jamais". De retour dans son pays natal, cet.te ami.e-là multiplie les allusions à ces "conquêtes" et confie ne plus pouvoir faire autrement : désormais, iel affectionne particulièrement une couleur de peau, un continent, une autre culture. Pas de doute, iel a muté en une espèce déviante mais proche du colon classique : le colon sexuel.

Les "goûts" et les "couleurs"

"Je n’ai des rapports sexuels qu’avec des xxxx". Remplacez ici "xxxx" par n’importe quel mot désignant un groupe humain d’une culture différente de la vôtre : Asiatiques, Maghrébin.e.s, Africain.e.s, Noir.e.s, Indien.ne.s… Cet énoncé pose problème.

Par exemple, comment qualifier les comportements d’une personne qui n’a de rapports sexuels qu’avec des Asiatiques ? On peut être certain que si on l’interroge, elle nous parlera de finesse d’esprit, de tempérament discret, d’altruisme, et tout autre cliché, attendu et grossier. 

Il en ira de même pour les Noir.e.s et toute personne racisée : chaque peuple est enchaîné à un certain nombre de représentations et de fantasmes, vestiges d’une époque où les puissances coloniales posaient le pied sur des terres sauvages et hostiles pour y apporter routes, eau potable, éducation, valeurs de travail et civilisation (sic !). Alors, quelles différences y a-t-il entre ces aventuriers débordant de cette fougue civilisatrice, assoiffés de découvertes et de grands espaces et ces proches qui se sont spécialisé.e.s dans la conquête sexuelle coloniale ?

Ces mêmes ami.e.s racontent que dans certains pays, où leur présence est remarquée parce que minoritaire, iels constatent que leur singularité attire l’attention de partenaires sexuel.le.s potentiel.le.s et facilite la séduction.

Iels sont convaincu.e.s d’incarner une puissance séductrice qui n’a rien à voir avec les mécanismes de domination ambiants et ce, même si iels ont la couleur de celleux qui détiennent les terres, les matières premières ou le pouvoir dans ce pays-là. À quoi est donc dû ce potentiel de séduction soudain et accru ? Leur couleur de peau est-elle anecdotique ? 

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