Masturbation, outil d’émancipation sexuelle ou de domination ?

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Masturbation, outil d’émancipation sexuelle ou de domination ?

Anormale, honteuse, amorale… Honnie depuis la nuit des temps, la masturbation est aujourd’hui devenue un outil d’émancipation sexuelle et une revendication féministe. Mais l’est-elle véritablement ?

masturbation

 

Un tabou historique

Dès l’Antiquité, la masturbation, « réservée aux esclaves », est perçue comme indigne de citoyens affranchis. Certains médecins la préconisent néanmoins car ils jugent nocif pour les hommes de faire de la « rétention de sperme ».

Avec l’arrivée du christianisme, elle devient un péché, un acte contre nature, car hors d’un processus de reproduction. On apprend alors aux femmes que toute activité auto-érotique les rendra « hystériques ». (Hippocrate considérait l’hystérie, du grec hystera qui signifie utérus, comme une pathologie exclusivement féminine). 

Au 18e siècle, ce n’est pas mieux. Selon Voltaire, Rousseau et Kant, cette pratique sexuelle « féminise » les hommes en les rendant introspectifs et passifs (donc féminins). C’est l’époque des ceintures de chasteté, pour les femmes comme pour les hommes (oui, vous avez bien lu), du rituel de l’enfilage de camisole et de l’emmitouflage des mains au coucher.

Freud en remet une couche au 19e siècle et désigne la masturbation comme le symptôme d’une sexualité immature et la cause de névroses. Ce n’est qu’au milieu du 20ème siècle que les discours sur le sujet commencent à s’assouplir.

En 1948, le rapport Sexual Behavior in the Human Male du docteur américain Alfred Kinsey propose une tout autre approche en s’intéressant à notre prisme hétérocentré de la sexualité. On y apprend ainsi que presque tout le monde se masturbe, 62% des femmes et 92% des hommes.

Un outil de libération féministe

A partir des années 1980, le tabou tombe progressivement. Alors qu’en 1970, seules 19% des femmes avouaient se masturber (contre 73% d’hommes), elles sont 42% dans les années 1990 et 74% aujourd’hui (contre 95% d’hommes). Si 25% des femmes (contre 5% d’hommes) déclarent ne s’y être jamais aventurées, une majorité semble toutefois prendre son plaisir solitaire en mains...

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