Médias et violences sexuelles, un problème de mots ?

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Ces articles offrent une base de réflexion sur ces thématiques.

Médias et violences sexuelles, un problème de mots ?

Par pudeur, gêne, indélicatesse, sexisme ou manque de formation sur ces questions, les médias grand public adoptent souvent un traitement et un vocabulaire problématiques pour parler des violences sexuelles. A leur insu, ils contribuent alors à relayer et perpétuer la violence subie par les victimes.

Un traitement différent pour les agresseurs et les victimes

Le fait de donner la parole à un agresseur (présumé) ou de confronter une victime (présumée) à son agresseur (présumé) contribue à infirmer la parole de la victime ou à accorder davantage de crédit à celle de l’agresseur. Donner la parole à l’agresseur présumé, c’est lui offrir un espace pour se dédouaner et donc, charger la victime présumée.

besson

Luc Besson, l’agresseur présumé de Sand Van Roy, est nommé dans le titre de l’article alors que Sand Van Roy est désignée par « l’actrice » et n’est nommée que dans le chapeau.

brion muller

Invitée dans Quotidien sur TF1 le 1er novembre 2018 pour la sortie de son livre #BalanceTonPorc, la journaliste Sandra Muller s’est vu demander si elle « regrettait d’avoir dénoncé Eric Brion », son agresseur présumé. Les équipes de l’émission sont allées rencontrer le concerné et ont diffusé son interview pour faire réagir Sandra Muller à ses propos en direct. En les faisant se confronter, on les met sur un pied d’égalité alors que le lien agresseur/victime est nourri par l’exercice de la domination. Créer une situation qui réactive ce lien est à l’avantage de l’agresseur présumé.

maalouf

Alors que le trompettiste Ibrahim Maalouf vient d’être condamné à 4 mois de prison avec sursis et 20 000 euros d'amende pour agression sexuelle sur une collégienne de 14 ans en 2013, Europe 1 lui offre une tribune pour qu’il y explique combien il est scandalisé par sa condamnation. La victime, qui choisit, elle, de ne pas s’exposer dans les médias, est invisibilisée. L’agresseur, bien que condamné en première instance, peut profiter d’une audience large.

La culpabilisation des victimes

En employant des expressions ambiguës, sexistes ou en adoptant le point de vue de l’agresseur (présumé), les médias donnent parfois l’impression que la victime (présumée) est responsable de l’agression qu’elle a subie. Cela alimente la culture du viol et entretient la croyance selon laquelle certains comportements justifient les agressions sexuelles.  

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